Le bus sent le diesel, la sueur et la douceur subtile du jacquier, bringuebalant devant des ombres infinies de palmiers. Je suis coincée entre une femme avec un panier de grenouilles vivantes et un adolescent qui partage son en-cas de couenne de porc frite. C'est ainsi que l'on découvre vraiment le Delta du Mékong — pas sur un bateau de luxe, mais dans un bus à 4 $ (100 000 VND) qui pénètre le labyrinthe vert.
La plupart des voyageurs le traversent en une journée depuis Saigon, parqués sur des marchés flottants qui ressemblent davantage à des centres commerciaux aquatiques. Ils ratent les canaux secondaires crottés où la vie va au rythme d'une barque. J'ai passé cinq jours à sauter de My Tho à Tra Vinh puis à Can Tho, descendant des bus bondés pour monter sur des sampans, découvrant des coins tranquilles pour moins de 30 $ par jour.
Cet itinéraire échange les pièges à touristes contre de véritables rythmes de pagaie, où l'odeur des coques de noix de coco brûlées se mêle au limon du fleuve, et où vous mangez des nouilles depuis une barque qui émerge du brouillard matinal.
Quand le bus vous dépose dans un marais
Le ruisseau caché de My Tho
Évitez le débarcadère principal de My Tho. Marchez plutôt jusqu'à la rue Tran Quoc Tuan et hélez un xe om (taxi-moto) jusqu'à la petite jetée du pont Ben Doi Cho — 20 000 VND (0,80 $). Vous y trouverez M. Sau, un pêcheur ridé qui promène des petits groupes dans les canaux sombres et surplombés de l'île de Thoi Son.
- Sa promenade de deux heures coûte 80 000 VND (3,30 $) par personne, en espèces uniquement
- La barque en bambou est étroite, pas de gilets de sauvetage — vous vous agrippez aux bords quand un bateau à longue queue passe en vrombissant
- À mi-parcours, il s'arrête à la cabane de sa femme pour du bonbon à la noix de coco fait maison et du thé au miel frais, à base de ruches suspendues dans les branches au-dessus
L'eau a la couleur du jade laiteux. Vous entendrez le thump-thump de quelqu'un qui pile du riz gluant sur une bille de bois. Vers 10 h 30, les bateaux touristiques commencent à affluer, alors partez au lever du soleil — 6 h 15, quand la brume est encore déposée comme un rideau de soie.
Conseil de pro : M. Sau peut aussi vous déposer à l'entrée arrière de l'île de Pho, évitant ainsi les frais d'entrée gonflés de la jetée touristique principale.
Le marché flottant qui n'est pas « le » marché flottant
Tout le monde va à Cai Rang près de Can Tho. Vous avez vu les photos : des bateaux chargés d'ananas, des femmes en chapeau conique. Allez-y — mais allez-y au mauvais moment. La plupart des touristes arrivent entre 9 h et 11 h, quand le marché est un embouteillage de vendeurs de souvenirs.
Arrivez à 5 h 30, juste au moment où l'aube teinte le ciel en rose. Négociez avec une batelière locale au quai Ninh Kieu — jusqu'à 150 000 VND (6,20 $) pour une boucle de deux heures. Votre guide sera une grand-mère qui manie la perche depuis l'âge de sept ans. Elle ne parle pas anglais, mais elle vous montrera les bateaux à perche en bambou (plus la perche est longue, plus le fruit est petit) et insistera pour que vous goûtiez le bun rieu cua (soupe de nouilles au crabe) d'un bateau-marchand.
- Prix : 20 000 VND (0,80 $) pour un bol fumant, flottant sur une barque en bois
- Les crabes sont minuscules, le bouillon est teinté en orange par les graines de rocou
- Vous mangez avec une cuillère en plastique, en équilibrant le bol sur vos genoux, en évitant le sillage des bateaux
Après 7 h, les grondements de moteur commencent. C'est le signal pour glisser dans les canaux plus petits et non cartographiés derrière le marché, où les jacinthes d'eau poussent si denses qu'on pourrait marcher dessus.
Les temples oubliés de Tra Vinh
La plupart des touristes ignorent complètement Tra Vinh. Tant pis pour eux. Le bus depuis My Tho coûte 70 000 VND (2,90 $) et prend trois heures sur des routes bordées de vergers de durians. L'air devient plus épais ici, l'influence khmère plus forte.
- La pagode Ang est l'attraction phare, mais marchez 15 minutes à l'est jusqu'à Chua Doi (la pagode des chauves-souris)
- Au crépuscule, des milliers de renards volants tourbillonnent hors du hall principal comme une tornade vivante
- Pas de droit d'entrée, mais laissez un don de 10 000 VND au petit sanctuaire
Le meilleur endroit est la plage de Ba Dong à proximité — un ruban de sable sauvage et non aménagé où les familles locales pique-niquent sous les filaos. L'eau est trouble, mais le calme est absolu. Apportez vos propres en-cas ; le seul vendeur propose du calamar séché et du soda tiède.
Conseils d'initiés : Ce que la plupart des touristes ratent ou comprennent mal
Le réseau de bus est votre allié
Le système de bus du delta relie chaque province, mais les horaires sont écrits à la craie sur un tableau dans chaque gare. Ben Xe Mien Tay à Saigon est le hub — la ligne 1 va à My Tho, la ligne 8 à Can Tho. N'achetez pas de billets en ligne ; présentez-vous simplement, achetez au guichet, et cherchez le bus avec votre destination peinte sur le côté. Les bus partent toutes les 20-30 minutes de 5 h 00 à 20 h 00.
- Coût : 3-5 $ (75 000-125 000 VND) pour tout trajet de moins de 200 km
- Avertissement : La climatisation souffle soit un froid arctique, soit s'arrête complètement — apportez une veste légère et un éventail
L'astuce du bateau pour Can Tho
La plupart des voyageurs réservent une visite en bateau à l'hôtel pour 20 $ (500 000 VND). Au lieu de cela, marchez jusqu'au ferry public au Ben Tau 7 à 5 h du matin. Partagez une barque avec des locaux se rendant au marché — ils vous factureront 30 000 VND (1,20 $) pour la traversée de 20 minutes. Depuis la rive opposée, vous pouvez vous promener dans des vergers où des femmes vendent des mangoustans à 5 000 VND pièce (0,20 $).
Secret local : Demandez "di cho noi be" (allez au petit marché flottant) — celui derrière Cai Rang qui n'apparaît sur aucune carte. Les guides ne le mentionnent pas car il n'y a rien à acheter, juste l'odeur des fleurs de bananier et le bruit de l'eau clapotant contre des troncs d'arbres évidés.
Que emporter (laissez tomber l'imperméable)
Les visiteurs sont obsédés par l'équipement de pluie. Les locaux utilisent des sacs en plastique — ceux que l'on obtient dans un étal de rue — noués sur leur tête. Achetez un poncho de pluie vietnamien (15 000 VND / 0,60 $ dans n'importe quel marché) au lieu d'une veste sophistiquée. Il se déchirera après trois utilisations, mais c'est le but : vous transpirerez moins.
- Chaussures : Crocs ou tongs à 1 $ d'un étal de rue — vous devrez monter dans des bateaux avec un centimètre d'eau au fond
- Crème solaire : Le soleil est impitoyable ; apportez un SPF 50 respectueux des récifs, rarement disponible localement
- Répulsif : Les moustiques pullulent au crépuscule ; procurez-vous un bâton local « Tan Da » (15 000 VND) — ça sent la citronnelle et ça marche mieux que le DEET
Infos pratiques
Aperçu du budget (par jour)
| Catégorie | Budget | Milieu de gamme | Remarques |
|---|---|---|---|
| Transport en bus | 3-4 $ (75 000-100 000 VND) | 6-10 $ (150 000-250 000 VND) | Milieu de gamme = minibus privé |
| Balades en bateau | 1-3 $ (25 000-75 000 VND) | 10-15 $ (250 000-375 000 VND) | Ferries publics vs. circuits privés |
| Chambre (simple) | 6-10 $ (150 000-250 000 VND) | 15-25 $ (375 000-625 000 VND) | Dortoir en auberge vs. mini-hôtel |
| Repas (3 repas) | 4-6 $ (100 000-150 000 VND) | 10-15 $ (250 000-375 000 VND) | Étal de rue vs. restaurant au bord du fleuve |
| Total | 14-23 $ (350 000-575 000 VND) | 41-65 $ (1 025 000-1 625 000 VND) | Sans alcool ni souvenirs |
Meilleure période
- Décembre à avril : Saison sèche, rivières calmes, mais bondé de touristes en janvier-février (fête du Têt)
- Mai à novembre : Saison verte — moins de monde, tarifs plus bas, mais attendez-vous à des averses soudaines et des chemins inondés
- Ma période secrète : Fin octobre — la mousson se retire, les canaux sont pleins, et les étals de fruits débordent de ramboutans et de durians à moitié prix
Liaisons de transport
- Saigon à My Tho : Bus depuis Ben Xe Mien Tay (ligne 6), 1h30, 80 000 VND. Premier bus à 5h30.
- My Tho à Tra Vinh : Bus local depuis la gare provinciale de My Tho, 3 heures, 70 000 VND. Départ toutes les heures.
- Tra Vinh à Can Tho : Bus direct, 2h30, 65 000 VND. Limité à 6 départs par jour — renseignez-vous à la gare.
- Can Tho retour à Saigon : Bus-couchettes fréquents depuis la gare principale, 4-5 heures, à partir de 150 000 VND (6,20 $). Réservez en appelant le numéro sur la vitre du bus.
Où manger (sans tomber malade)
Suivez les locaux : des tabourets pas plus hauts que vos genoux, un wok qui ne cesse jamais de grésiller, et une clientèle d'hommes en bottes en caoutchouc. À My Tho, essayez le Hu Tieu My Tho au 42 rue Le Dai Hanh — 25 000 VND (1 $) pour un bol de bouillon clair avec du porc, des crevettes et des nouilles que vous sentez à 30 mètres. À Tra Vinh, trouvez la femme qui vend des banh xeo (crêpes croustillantes) depuis un vélo près de Chua Doi à 17 h. La pâte est faite avec du lait de coco et du curcuma, la garniture est de la pousse de soja et des crevettes, et la trempette est une sauce de poisson si âcre qu'elle vous dégagera les sinus.
Conclusion
Le Delta du Mékong ne se révèle pas aux pressés ; il montre son meilleur visage à ceux qui acceptent un siège cabossé dans un bus délabré, qui mangent une soupe de nouilles sous la pluie, qui font confiance à la barque en bois d'une grand-mère pour pénétrer la forêt noyée — et se retrouvent, un instant, totalement perdus dans le courant.
Cet article a été initialement publié sur VietnamTourism.com — un média de voyage indépendant sur le terrain depuis 2020.
