Les maisons sur pilotis symbolisent l’harmonie entre le ciel et la terre, croient les Thaïs noirs ! Souvent construites à flanc de montagne, ces édifices témoignent d’un réel savoir-faire architectural, mais ils sont aussi dotés d’une véritable dimension spirituelle.  


Rudimentaires ? Sans doute. Mais robustes, en tout cas, et certainement pas dénuées d’élégance... C’est bien le moins que l’on puisse dire des maisons sur pilotis des Thaïs noirs. Construites essentiellement en bambou, elles possèdent des toitures recouvertes de chaume. Pas de clou, de tenon ou de mortaise. Chez les Thaïs noirs, l’assemblage des perches de bambou se fait uniquement par brêlage. A noter aussi que tous les piliers convergent vers une unique poutre faîtière qui fait donc office de clé de voûte.

Luong Van Thiet, ethnologue, du musée d’Ethnographie du Vietnam : « La toiture traditionnelle des Thaïs noirs prend la forme d’une carapace de tortue - l’animal qui leur a appris à construire des maisons, comme ils le croient. Au dessus de la toiture, vous voyez deux perches de bambou qui se croisent, appelés « khau cut ». Le « khau cut » indique en fait quel est le statut social du propriétaire. Si celui-ci est riche, le « khau cut » est sculpté. Quand il s’agit de jeunes mariés, d’ailleurs, ce sont souvent des figurines de femmes enceintes qu’on voit. »     

Comme nous vous le disions en introduction, pour les Thaï noirs, une maison symbolise l’harmonie entre la terre et le ciel. Ainsi, le nombre de travées et de marches d'escalier est toujours impair: 3, 5, 7 ou 9. Mais chaque maison est érigée avec deux escaliers : un à l’arrière, réservé aux femmes, et un autre à l’avant, réservé aux hommes et aux visiteurs.     

A l’intérieur, on retrouve plusieurs symboles qui caractérisent le yin et le yang, sur des balustrades, par exemple, comme nous l’explique Hoang Minh Nguyet, du musée d’Ethnographie : « Une femme célibataire ou qui n’a pas encore enfanté peut toucher les balustrades : ça lui porte bonheur ! Le nombre impair de marches d'escalier apporte de la chance et protège les propriétaires des âmes malfaisantes. »

Les travées se disposent selon leurs fonctions. Celle du milieu, où se trouve l'autel des ancêtres est la plus importante et la plus sacrée. Seuls les hommes sont autorisés à y rester le soir. Les femmes, en particulier les belles-filles, doivent s'incliner respectueusement en passant devant l’autel. Les parents ou les fils habitent dans la travée supérieure. Filles et belles-filles vivent, quant à elles, dans la salle au dessous. Un autre espace très important dans la maison des Thaïs est réservé au tissage.

Luong Van Thiet :  « Jadis, les femmes qui ne savaient pas tisser ne pouvaient pas se marier. La tradition veut que toutes les filles sachent confectionner elles-mêmes des oreillers, des couvertures et des matelas pour les offrir plus tard à leur époux et à sa famille. C’est la raison pour laquelle les Thaïs font grand cas de cet espace de tissage. Chaque fille se doit de posséder un métier à tisser. Sinon, elle sera considérée comme paresseuse et méprisée par tout le monde. Le métier à tisser est souvent installé à côté de la fenêtre ou du lit de la fille, de manière à être très visible de l'extérieur. »

Chaque maison est dotée de deux cuisines. La principale est arrangée au milieu du salon. Assis autour de la flamme vacillante, les hôtes et les invités devisent ainsi dans un espace rendu plus convivial. Un autre feu sert à la cuisine quotidienne. Mais le feu traduit lui-aussi les qualités du maître des lieux.

Luong Van Thiet: « En regardant le feu de cuisson, on peut deviner le statut social des hôtes. Le feu est l'âme de toute la maison. C’est le lien qui relie les membres de la famille. Le feu réchauffe aussi le coeur des jeunes couples. »  

Si le feu est l’âme de la maison, les fenêtres en sont les yeux. Elles doivent rester ouvertes, et les visiteurs sont invités à ne pas leur tourner le dos.     

Au fil du temps, toutes ces traditions perdurent. Les Thaïs noirs mangent encore du riz gluant trempé dans une sauce spéciale. Ils portent des costumes traditionnels et vivent dans des maisons sur pilotis : en un mot, ils se préservent...

 

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