Mettre à jour: 07 Janvier 2014
Phu Luu est un village marchand célèbre de la province de Bac Ninh. Il compte autant de vestiges que de coutumes culturelles traditionnelles. Au fil du temps, l’ancien village est devenu un quartier, mais la tradition conserve encore sa place dans la société contemporaine.

 
Phu Luu se trouve à 16km au nord de Hanoï. Autrefois, ce village était réputé pour son marché spécialisé dans la vente de feuilles de bétel et de noix d’arec, une spécialisation qui a pourtant cédé la place au commerce généraliste. Les villageois de Phu Luu, en particulier les villageoises, se caractérisent par un sens des affaires hors du commun, ce qui explique la pérennité du côté marchand de ce village. Le porche du village et le chemin dallé conduisant aux vestiges historiques restent intacts, mais aux bords du chemin, ont poussé d’innombrables boutiques et maisons à étages. Les enseignes multicolores se bousculent, voitures et motos remplies de marchandises se succèdent sans arrêt. Une rue dans le village ou un village dans la rue ? Cette question interpelle chaque visiteur. Le Tran Thuy, l’un des anciens du village, fait savoir: « Phu Luu est un village-marché caractérisé par l’ouverture d’esprit des villageois. Ici, nous assimilons la civilisation urbaine tout en préservant les traditions ancestrales. »

Nichée à l’ombre d’un arbre pipal séculaire, la maison communale de Phu Luu passe pour être l’une des 3 plus belles du Nord. Elle se situe à côté d’une vieille pagode avec un clocher et des mûrs couverts de mousse. Le village abrite également un site où sont conservées des stèles honorant les personnalités méritantes. Le Thanh Binh, gardien à la maison communale de Phu Luu, raconte:  « Selon la tradition, les villageois de Phu Luu sont soit commerçants, soit mandarins. Jadis, la plupart des hommes du village étaient destinés à faire des études dans l’espoir d’intégrer la cour. Nous avons aussi des rizières, mais la riziculture n’a jamais été un métier principal. Car, la plupart des femmes tenaient un commerce pour que leurs maris puissent se consacrer entièrement aux études et à leur carrière. Le travail champêtre ne gardait plus qu’une valeur symbolique. Dans la majorité des cas, on recrutait des gens venus d’ailleurs pour le faire. »

Une autre coutume originale des villageois de Phu Luu : certains adoptent des enfants, d’autres confient les leurs à une tierce personne. Le Thanh Binh : « L’adoption telle qu’elle existe à Phu Luu est, à mon sens, unique au monde. Autrefois, les femmes qui partaient loin de chez elles pour faire du commerce avaient l’habitude de confier leurs enfants à d’autres personnes. Il est des familles où tous les enfants, parfois jusqu’à 5-6, ont été adoptés par d’autres familles. Dans ces familles, les enfants ont deux noms de famille, le deuxième étant celui de la famille adoptée. »

Le commerce et les études, voilà les deux priorités des villageois de Phu Luu. Plusieurs familles du village se targuent d’avoir des enfants ayant réussi d’importants concours. Certains villageois sont devenus généraux, ministres ou responsables du Parti et de l’Etat. Hoang Thuy Toan, écrivain et traducteur russophone célèbre est issu de ce village : « Les villageois de Phu Luu sont fiers de leur longue tradition culturelle. Nous avons Chu Tam Di qui a réussi le concours de doctorat au 16ème siècle, suivis de Nguyen Duc Lan et Hoang Van Hoe au 19ème siècle. »

La tradition se poursuit. Phu Luu est aujourd’hui l’une des localités comptant le nombre d’admissions universaires le plus élevé du pays.

« Là où il y a un marché, on trouve forcément des villageois de Phu Luu », nous dit un dicton du terroir. Le commerce a apporté à Phu Luu la prospérité en cultivant la volonté de ses habitants. L’opulence matérielle nourrit la richesse intellectuelle, c’est la voie qui conduira les villageois vers le bonheur./.
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