Au Vietnam, la tentation de la plage
Mettre à jour: 17 Décembre 2013
Son patrimoine historique et ethnique séduit déjà. Désormais, le pays veut mettre son bord de mer en valeur. Et suggère à ses visiteurs de conjuguer culture avec  farniente. Pratique.  

 
L'Asie du Sud-Est n'en finit pas de faire le plein auprès des vacanciers français. Thaïlande, Bali, Birmanie et les trois pépites indochinoises (Vietnam, Cambodge, Laos) triomphent comme jamais. Ici, avec des temples où la ferveur est intacte depuis des siècles, là-bas, grâce à des marchés nature et une cuisine joyeuse, plus loin pour des chemins de conquête glissés sous la jungle ou des stations balnéaires avec plages et hôtels de légende, ou encore, grâce à la magie de villes et de villages touchants de sincérité autant que d'harmonie.

Le Vietnam a tout cela. Et un peu plus encore. Une capitale, Hanoi aussi animée qu'aérée, construite selon les lois du ciel autour de plans d'eau qui lui assurent sagesse et prospérité. Une rivale au Sud, Hô Chi Minh-Ville (ex-Saigon), volontiers turbulente, marchande experte, réputation de fêtarde en prime. La baie d'Along, à bluffer les amoureux et les photographes. Des villages de montagne où le vêtement traditionnel des Hmongs, Dzaos et autres Laos fait les couleurs des villages oubliés. Des sites chargés d'histoire, Hue, Da Nang, Diên Biên Phu, Nha Trang… où les empereurs comme les soldats ont laissé mille stigmates.

Résultat, 212 000 Français ont visité le Vietnam l'an passé, un record dont on prédit la mise au rencart dès 2013. Dans ce contexte aux couleurs dollars et euros, le pays choisit de pousser son avantage et de valoriser sa longue façade maritime, quelque 2 000 km entre baie d'Along et delta du Mékong, entre mer de Chine et golfe du Tonkin. Un trésor. Certes toute cette côte n'est pas une longue bande de sable fin caressée par un lagon clair, loin s'en faut. Mais elle cache quelques criques et plages qui pourraient vite gagner leur réputation de paradis.

La preuve par la baie de Lang Co, un village de pêcheurs resté parfaitement authentique. Situé dans ce que les géographes désignent comme le «Vietnam du centre», entre la cité impériale de Hue (60 km) et Danang (40 km), son aéroport le plus proche, Lang Co garde sur des dizaines de kilomètres une plage totalement vierge, bordée en alternance par des collines tapissées de jungle émeraude ou par des plaines de rizières vert fluo. Quand les brumes du petit jour tourbillonnent des unes jusqu'aux autres, l'image est sublime.

En jetant leur dévolu sur cette région économiquement à la peine, les autorités vietnamiennes entendent bien ne pas répéter les erreurs qui ont gâché d'autres bords de mer, d'autres stations balnéaires. Ni gratte-ciel ni boîtes de nuit ne sont au programme. Feu vert a été donné au groupe hôtelier Banyan Tree, 21 adresses essentiellement en Asie et presque toutes en bord de mer, connu pour ses manières haut de gamme et, plus encore, pour la vigilance de ses architectes sur le registre de la préservation de l'environnement.

Sur un domaine de 280 hectares ont été construits deux hôtels, un Angsana, autre enseigne du groupe, un rien massif (229 chambres), qui s'adresse aux familles de vacanciers venues de Chine, un Banyan Tree tout de villas grand chic et un golf 18 trous dessiné par le champion anglais Nick Faldo.

Au premier regard, le Banyan Tree en impose. Architecture altière pour sa partie centrale qui sert d'accueil et de réception, tout en abritant également deux restaurants: Azura en bord de plage pour les déjeuners aux couleurs d'Italie ; et The Water Court, une brasserie à la carte franco-vietnamienne du meilleur effet. Une troisième table à vocation gastronomique, Saffron, est perchée sur l'une des collines qui dominent la mer de Chine. L'ensemble a été imaginé sur le mode chinois avec une décoration grand format sur le thème du tambour, de la lanterne et du gong. Le tout, accompagné de jeux d'eau qui préfigurent un séjour zen.

Côté hébergement, il faut choisir entre les 32 «lagoon villas» et 17 autres maisonnettes posées en bord de plage, toutes avec piscine privée. Pour les premières, lagoon ne peut hélas se traduire par lagon mais par lagune, une bande d'eau dessinée au centre du domaine. C'est dire que ces villas de prince, vaste chambre, salle de bains à l'arrière et grande terrasse, n'offrent aucune vue sur le large. On préférera donc les villas de bord de mer, de même configuration et à la décoration identique, certes plus onéreuses (720 € la nuit), mais avec vue sur les vagues et senteurs maritimes que souligne le crépuscule.

Ajoutons à ces agréments le Spa et ses dix cabines. Massages et soins du corps (une quarantaine) font la signature Banyan Tree. Le modèle: cabines ouvertes sur un jardin et produits conçus en fonction de la nature locale (ici, curcuma, pandanus, ginseng, gingembre, riz rouge, jasmin, fleur de frangipanier…). Celles et ceux qui en ont fait l'expérience ne tarissent plus d'éloges sur une méthode originale capable d'effacer n'importe quel décalage horaire, stress ou grosse fatigue.

Reste à écouter la promesse de l'hôtelier. Oui, la pièce d'eau centrale, la fameuse lagune, est bien destinée à abriter plantes et fleurettes endémiques, ainsi que quelques grenouilles en voie de disparition. Bien entendu, les collines sont veillées par des spécialistes qui créent un sanctuaire radieux pour les essences rares autant que pour les insectes et petits animaux. Évidemment, tout est prévu, de la récupération des pluies pour arroser jardins et golf, au retraitement des eaux usées, en passant par les achats auprès des pêcheurs des villages voisins pour que la maison fonctionne avec responsabilité.

Toute bonne conscience assurée, il reste à découvrir une région et un pays dont les arguments touristiques abondent. La plage d'abord. Immense et déserte, plaisir majeur du séjour balnéaire, même si les vagues sombres gâchent un peu la carte postale. L'excursion à Hue (ville impériale et grand marché) ensuite, comme dans les deux villages protégés par l'Unesco, Tra Que (cuisine, plantations d'herbes aromatiques) et Hoi An (artisanat de lanternes, vieille ville).

Autant de jolis rendez-vous qui fixeront les plaisirs de la découverte. Le plus original restant la visite de Lang Co, à 20 minutes en voiture du Banyan Tree. Une bourgade pressée autour de son église pimpante, des collégiens en uniforme, une plage d'où partent les pêcheurs au visage tanné, des ménagères qui négocient ferme devant les étals d'un marché miniature… Voici la vie qui va, celle d'un autre monde, d'un autre temps. Malgré sa proximité et l'emploi de nombreux habitants, le Banyan Tree ne l'a pas altérée. C'est sa plus belle victoire.
Source: lefigaro.fr