Avant que les grandes religions ne se forment sur la terre en forme de S, les Vietnamiens avaient déjà développé leurs propres croyances. Outre le culte des ancêtres, des fondadeurs des métiers d'artisanat, des héros contre les agresseurs étrangers, les Vietnamiens avaient pratiqué le culte très spécial de quatre génies immortels que sont Tan Viên, Thanh Giong, Chu Dông Tu et la princesse Liêu Hanh.

Tan Viên exprime l'aspiration de vaincre les catastrophes naturelles, Thanh Giong témoigne de la volonté de lutter contre les envahisseurs étrangers, Chu Dông Tu symbolise l'amour et la princesse Liêu Hanh représente la rêve de la prospérité et de la richesse de la vie spirituelle.


Une légende du delta du fleuve Rouge veut que le génie du mont Tan Viên soit un agriculteur courageux, talentueux et généreux, appelé le génie des Montagnes, le maître de toutes les espèces. Il était connu sous le nom de Son Tinh. Il apprit aux habitants la riziculture, la chasse, la pêche et les arts martiaux. Thuy Tinh, le génie des Eaux, était le génie méchant et régnait sur les espèces aquatiques. Il faisait toujours monter les eaux pour inonder les récoltes et blesser les animaux et l'homme.


Quand le 18e roi Hung Vuong décida de choisir un mari pour sa très belle fille appelée My Nuong, Son Tinh et Thuy Tinh vinrent tous les deux demander la main de la princesse. Son Tinh gagna la compétition et fut autorisé à épouser My Nuong. Rouge de colère, Thuy Tinh fit souffler la tempête, précipiter un déluge et lança son armée de monstres aquatiques à la poursuite de Son Tinh. Plus que les eaux montèrent, plus Son Tinh fit élever les montagnes et utilisa le tonnerre pour riposter. Finalement, Thuy Tinh fut battu et se retira.


La lutte contre Thuy Tinh reflète l'histoire naturelle d'un pays adossé aux montagnes et ouvert à la mer et qui doit faire face à des catastrophes naturelles récurrentes. Le culte du génie Tan Viên témoigne de la confiance en la puissance divine, en la générosité et en les efforts de l'homme pour survivre.


Le culte du génie Tan Viên existe depuis très longtemps. Environ 250 ans avant J.-C, un temple fut fondé sur le mont Tan Viên (l'actuel mont Ba Vi), connu sous le nom de Temple Supérieur. Tous les trois ans, le 15e jour du 1er mois lunaire, une grande fête y est organisée, avec de nombreuses activités comme procession de la tablette du génie Tan Viên, pêche, échecs, attirant des dizaines de milliers de visiteurs. Autrefois, ce jour-là, le roi ou de grands mandarins mandatés par le roi venaient au temple pour rendre hommage au génie Tan Viên. Aujourd'hui, les dirigeants du Parti, de l'Etat et du gouvernement en font de même.


Thanh Giong, deuxième génie immortel, constitue une épopée mythologique sur la force nationale dans la lutte contre les envahisseurs. Dans une famille de paysans au village de Giong, au bord de la rivière Duong (le village de Phu Dông, district de Gia Lâm, Hanoi aujourd'hui), un enfant de trois ans ne savait ni parler ni rire mais vivait dans l'amour de sa mère et des habitants de son village. Un jour, les envahisseurs Ân mettaient le pays à feu et à sang. Cet garçonnet se leva comme par enchantement, demanda d’aller combattre l’ennemi. Il se met à manger comme quatre, grandit et devint un géant d'une force inégale. Il prit un bâton de fer, enfila une cuirasse, enfourcha un cheval de fer et monta au front. Il fonce sur l’ennemi et l’extermine. Son fouet de fer étant brisé, il arrache sur son passage des bambous pour en faire des armes. Après la victoire, il s’arrête sur le mont Vê Linh (le mont Sai, district de Soc Son, Hanoi aujourd’hui), admire pour une dernière fois le paysage de la terre qui l’a vu naître et s’envole sur son destrier vers les cieux.

Reconnaissant de sa victoire, le roi Hung lui attribua le titre d’Altesse royale céleste de Phù Dông (Phu Dông Thiên vuong) et fonda un temple à sa mémoire sur le mont Vê Linh. Son village fut renommé Phu Dông. Chaque année, le 9e jour du 4e mois lunaire, le village organise une fête très solennelle pour faire revivre la légende du génie Giong. En 2010, cette fête a été reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité.


Chu Dông Tu, troisième immortel, est né dans la commune de Da Trach, district de Khoai Châu, province de Hung Yên. Ses parents décédèrent à son enfance, et Chu Dông Tu vécut de la pêche. Il était tellement pauvre qu'il ne disposait d'aucun morceau d'étoffe pour se couvrir. Un beau jour de printemps, la flotte de bateaux de la princesse Tiên Dung passa dans sa commune. Eprise par la beauté sauvage du site, la princesse ordonna à ses servantes de dresser une tente dans laquelle elle prendrait un bain. L’eau coula à flot sur le sable, dévoilant un corps d’homme, dans le plus simple appareil.


Pris de panique, le jeune homme lui fit savoir qu’il se nommait Chu Dông Tu, qu’il était orphelin et pêcheur et qu’en voyant les bâteaux approcher, il avait eu tellement peur qu’il avait décidé de s’ensevelir sous le sable. L’histoire du jeune homme émut profondément la princesse d’autant plus et d’autant mieux qu’elle se persuada que le destin avait joué son rôle dans cette rencontre inopinée.

Mais, leur mariage ne fut pas accepté par le roi. Alors, Chu Dông Tu et Tiên Dung décidèrent malgré tout de vivre ensemble, dans la pauvreté. La princesse fut rejeté par son père. Un jour, ils rencontrèrent un homme étrange qui leur apprit la pratique d'une vie religieuse. Tous les deux enfin parvinrent à la plénitude de l'illumination. Ils s'envolèrent vers les cieux et devinrent des saints.

Selon la légende, le saint Chu apparaît partout sur la terre pour sauver le monde, apprendre à l’homme le commerce, la pêche, l’élevage des vers à soie et le tissage. En sa mémoire et pour le vénérer, les habitants de la commune de Da Trach, district de Khoai Châu, province de Hung Yên, fondèrent un temple. Chaque année, vers le 15e jour du 2e mois lunaire, ils organisent une fête pour prier une vie prospère et heureuse. De nombreuses activités festives traditionnelles se déroulent telles que danse du dragon, chants, jeu d'échecs humains...

 
Le quatrième immortel est une dame, la Déesse Mère Liêu Hanh. Fille de l'Empereur de Jade exilée en terre après avoir brisé un verre en perle, elle fut "sauvée" par Bouddha à sa mort et se réincarna en la fille d’une famille des Lê à Phu Giây, Phu Ban, province de Nam Dinh (Nord). Belle, talentueuse et généreuse, elle soutint toujours les gens, notamment les femmes et les enfants, et accabla aussi les mauvaises personnes. Pour la vénérer, plusieurs temples furent construits dans de nombreuses localités.


La princesse Liêu Hanh reflète l'image de la femme vietnamienne, talentueuse et vertueuse, qui protège le bon et punit le mal. Elle est vénérée comme "Sainte-Mère sacrée - Mère de tout le peuple". Le culte de la princesse Liêu Hanh exprime un grand respect envers la Mère, puissante et vertueuse. À Phu Giây, son village natal, un ensemble architectural a été construit pour son culte. Du 1er au 10e jours du 3e mois lunaire, se déroule la fête de Phu Giây, très connue. À Phu Song, province de Thanh Hoa, il y a aussi un autre lieu qui lui est réservé, appelé temple Song. Là-bas, la fête tombe le 3e jour du 3e mois lunaire.


Les légendes des quatre saints immortels sont largement connues des Vietnamiens, qui aiment les raconter et leur font toujours le culte. Un trait spirituel spécifique au peuple vietnamien.

Source: AVI